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Donner les codes nucléaires à M. Mélenchon ?

Donner les codes nucléaires à M. Mélenchon ?
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Image par Klaus Hausmann de Pixabay

Les codes nucléaires, ou plus exactement la « mallette » nucléaire, permettent au président de la République d’activer l’arme nucléaire à tout moment, où qu’il se trouve. Il se dit que le code est placé dans un médaillon attaché à une chaîne en or qu’il doit porter sur lui en permanence. Selon la légende, le général de Gaulle dormait avec…

Après la nouvelle sortie de Monsieur Mélenchon, le lundi 7 juin 2021, lors de la matinale de France Inter, sa crédibilité comme potentiel président de la République se pose à nouveau. Ou plus exactement elle ne se pose plus. Il n’est pas crédible. Il pourrait nous déclencher une guerre nucléaire sans même s’en rendre compte !

Affirmer, sans preuves, comme il a cru bon de le faire, que des forces occultes liées au pouvoir organisent systématiquement des « meurtres » ou de « graves incidents » avant les élections présidentielles, comme cela aurait été le cas ces dernières années, est triplement absurde. De façon cynique, on peut d’abord se demander si cette affirmation non documentée permettrait un ratissage électoral si tel était son objectif caché. Évidemment, les gains électoraux éventuels ne peuvent qu’être totalement annulés, et plus encore, par la vague de protestations et de découragement suscitée par de tels propos.

Néanmoins, il ne faut pas prendre les choses à la légère. Si ces accusations gravissimes avaient le moindre fondement, il aurait été nécessaire, immédiatement, de saisir la justice, de mettre sur pied une commission d’enquête parlementaire, de mobiliser la population… Rien de tout cela n’a été évidemment considéré par Monsieur Mélenchon, et tout le monde le voit…

En dernier lieu, si les accusations de M. Mélenchon étaient vraies, pourquoi continuer de participer à une élection dont il dit lui-même qu’elle est faussée ? Ne faudrait-il pas plutôt, pour cette première raison, appeler au boycott de l’élection présidentielle ?

Certes, le tempérament de Monsieur Mélenchon lui a joué, une fois de plus, un mauvais tour. Mais nous aurions tort de limiter nos commentaires à la seule personnalité du député de Marseille. Car la cause profonde de ce dérapage tient au système présidentialiste lui-même qui, par nature, ne fait qu’encourager de telles dérives personnelles.

L’élection présidentielle au suffrage universel direct enfle les egos. Les postures et les effets de manche, les « coups » et la personnalisation à outrance sont survalorisés. Cette élection est viciée, elle est un piège pour la démocratie. Si LFI était cohérente avec sa prétention d’agir pour une VIe République, elle retirerait immédiatement son candidat et lui demanderait de prendre un peu de repos. Elle appellerait à boycotter l’élection présidentielle (blanc, nul, abstention) et à présenter des candidats « constituants » désignés non pas par Monsieur Mélenchon et ses lieutenants, mais par les comités locaux constituants qui s’installent actuellement sur tout le territoire.

La gauche et la droite sont prises dans une tenaille entre Madame Le Pen et Monsieur Macron.

La gauche est divisée sur des questions de fond (mondialisation néolibérale, Union européenne, libre-échange, financiarisation, souveraineté, chômage, laïcité…). Ces divergences n’ont aucune chance d’être réglées dans les quelques mois qui nous séparent de l’élection présidentielle. Seule une initiative forte de type désignation d’un « tiers de confiance » lui permettrait de s’accorder sur un candidat commun et une plate-forme minimum (une personnalité « neutre », non membre d’un parti). Rien n’indique cependant que l’extrême généralité d’un tel document séduirait les électeurs, d’autant que cette élection ne se joue plus sur les programmes.

Quant à la droite, elle ne dispose ni d’un candidat qui s’impose, ni d’un programme qui la distingue nettement du RN et de LREM. Elle aussi pourrait trouver une porte de sortie dans un candidat « tiers de confiance » sur la base d’un programme néo-gaulliste (arrêt de l’atlantisme, politique de la « chaise vide » avec l’Union européenne et retour de la souveraineté, renouveau de la politique arabe de la France, restauration de la politique sociale et économique issue du programme du Conseil national de la Résistance…).

Pour ces deux familles politiques, que l’élection présidentielle a rendu folles, le préalable est la renonciation par les candidats déclarés – et les autres -, à toute candidature. À défaut, leur déroute est au bout du chemin, sauf si leur électorat, passant outre l’aveuglement des chefs, s’engage dans le boycott de la présidentielle et le soutien à des candidats constituants aux législatives.

Pour notre part, nous pensons que ce boycott citoyen de l’élection présidentielle 2022, articulé à des candidats constituants aux législatives, est un projet politique salvateur.

Comme le montre encore l’incident Mélenchon, il est plus que temps de mettre un coup d’arrêt au système présidentialiste et de le délégitimer. Cette élection ne permet pas de sélectionner les meilleurs projets et les meilleurs candidats. Elle ne sert plus qu’à voter pour « faire barrage » au représentant de la famille Le Pen. Comme la probabilité de la présence d’un candidat de gauche ou de droite au deuxième tour paraît fortement compromise, le vote « utile », ou soi-disant pour le « moins pire », va intervenir cette fois-ci dès le premier tour. Cette élection est devenue une mascarade.

Ensuite, il faut arrêter d’infantiliser le peuple avec le défilé pathétique de cette cohorte d’hommes providentiels, gourous et semi-gourous, sauveurs suprêmes et autres personnalités plus ou moins déréglées. Se livrer à un président disposant de tels pouvoirs (dès lors que la majorité parlementaire lui est acquise) est le contraire de la responsabilisation des citoyens et de la démocratie. Le régime présidentialiste se transforme peu à peu en autocratie.

Enfin, il est parfaitement possible de créer un rapport de force favorable pour rebattre les cartes, si la somme des blancs, nuls et abstentions dépasse le nombre de voix obtenues par le candidat élu. Bien sûr, un candidat sera élu. Mais il faudra lui rendre la vie impossible, démonétiser sa parole parce que non légitime, ce qui n’était pas le cas pour Emmanuel Macron en 2017. Si le peuple qui boycotte est le plus nombreux, par les blancs, nuls et l’abstention, c’est lui qui sera légitime. Il aura ébranlé sévèrement la clé de voûte des institutions, il pourra se permettre de formuler de nouvelles exigences et de les exprimer.

Quant aux « petits » candidats, quels qu’ils soient, entre ceux qui ont un gros ego et ceux qui croient sincèrement que la cause qu’ils défendent gagnera en notoriété, ils se trompent lourdement et participent à une diversion. Ils se trompent, car par naïveté, ils pensent obtenir quelques passages dans les grands médias, ce qui suffira à leur bonheur. Ils participent à une diversion, car leur seule candidature vaut caution au système présidentialiste. Au lieu de le délégitimer par le blanc, le nul, l’abstention, ils le relégitiment.

On ne peut pas choisir entre la peste et le choléra

La campagne lancée depuis plusieurs années par le Parti socialiste sur le thème de la « fascisation » de la société sert en réalité à resserrer les rangs autour de la gauche, sur des bases artificielles. Elle contribue à faire peur à la population et prépare au vote Macron. Face à cette menace, il apparaîtrait alors évident que Macron serait « moins pire » que Le Pen. Pourtant, rien n’est moins sûr, et parier sur l’un ou l’autre serait fortement hasardeux. C’est ce choix – ou ce non-choix – qu’il faut refuser par le boycott citoyen.

À ceux qui vont arguer du renoncement au droit de vote que constituerait l’abstention, nous pouvons répondre que le vote n’est qu’un aspect de la citoyenneté, et que selon les circonstances il peut être nécessaire de voter ou de ne pas voter (par exemple le Hirak en Algérie). En l’espèce, voter à la présidentielle reviendrait à légitimer le système présidentialiste et le faux choix Macron / Le Pen. Nous ajouterons que le boycott se distingue de l’abstention, dans le sens ou le boycott n’est pas une action individuelle comme l’abstention, mais qu’il est une action politique collective.

Les élections de 2022 – la présidentielle comme les législatives – sont une occasion fantastique de mobiliser le « premier parti de France » que sont devenus les abstentionnistes ces dernières années. En les appelant à s’abstenir, voter blanc au nul à la présidentielle, nous donnons une perspective politique cohérente à leur insatisfaction. Nous leur offrons la possibilité de sortir de leur isolement et de s’engager dans une action collective qui se traduira ensuite, aux législatives, par leur participation au vote pour des candidats constituants. C’est ainsi que la présidentielle sera un moment « déconstituant », alors que les élections législatives seront un moment « reconstituant ». Le peuple aura fait un pas en avant significatif dans la reconstruction de son existence comme corps politique autonome. Il se sera engagé dans une véritable dynamique populaire constituante.


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