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Les invisibles

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Les invisibles

1 personne sur 2 est invisible en France!

Aujourd’hui dans la société française, plus d’une personne sur deux a le sentiment d’être confrontée à des difficultés qui sont invisibles des pouvoirs publics ou des médias[1] . Ce sentiment de ne pas être entendu est très fort et représentait d’ailleurs 85% des personnes soutenant le mouvement des Gilets jaunes. D’ailleurs la fonction principale d’un gilet de couleur jaune est d’être vu pour augmenter la visibilité d’une personne évoluant en bordure de route ou sur un chantier afin d’améliorer la protection individuelle[2].

La question de l’invisibilité sociale est la présence de « groupes de population mal couverts par la statistique publique, peu visibles pour les pouvoirs publics et peu ou mal appréhendés par les politiques sociales »[3]. Un pays où en un mot, une grande partie des citoyens ne se sent pas représentée.[4]

La vulnérabilité face à cette invisibilité ou disqualification sociale ne découle pas uniquement de la rupture des liens sociaux mais peut aussi dériver de l’inscription dans des « liens sociaux vulnérabilisants » dès lors qu’ils n’apportent pas reconnaissance et valorisation dans les interactions sociétales. [5] Comme l’avait analysé Pierre Bourdieu[6] les personnes dans cette situation de vulnérabilité ont pour point commun de faire quotidiennement l’expérience douloureuse de l’infériorité de leur statut, qualifié aussi de misère de position en opposition à la misère de condition.[7]

On y retrouve de nombreuses situations de souffrance ignorées qui se répandent non pas seulement en dehors de la société salariale, mais bien en son sein en y incluant les jeunes mais aussi les employés de la santé, les agriculteurs en difficulté, intérimaires, employés des postes, secrétaires, commerçants, travailleurs sociaux, responsables de services administratifs, gardiens d’HLM, enseignants, journalistes, etc.[8] Vingt ans après l’analyse de Bourdieu, la crise du Covid nous montre que ces métiers « invisibles », non reconnus, peu payés, sont vitaux au bon fonctionnement de notre société. On y retrouve aussi beaucoup de femmes, 80% des postes d’infirmiers par exemple, ou d’autres groupes discriminés qui demandent en ce moment même une plus grande justice sociale. Ces vies anonymes sans espoir, ces souffrances intériorisées doivent être rendues visibles et représentés au sein de la vie politique.

C’est là le cœur de l’initiative proposée par la Dynamique Populaire Constituante (voir livre blanc constituant n° 1.0) qui propose notamment de rendre opposables les droits sociaux mentionnés dans la Constitution mais qui ne sont aujourd’hui que de l’encre sur du papier : emploi, égalité salariale, retraites… Toutes choses qu’il est possible d’obtenir à condition de se mobiliser pour reconstruire la démocratie en France.


Image par Free-Photos de Pixabay

[1] Nelly Guisse, Sandra Hoibian, 2016, La France des invisibles, Rapport du Crédoc n°327 réalisé à la demande de l’ONPES ; « Le taux est estimé à 58% en 2019 », Les Gilets jaunes, un « précipité » des valeurs de notre société, CREDOC 2019

[2] Gilets jaunes, Un précipité des valeurs de notre société

[3] Les Gilets jaunes, un « précipité » des valeurs de notre société, CREDOC 2019

[4] Ibid.

[5] Tous autonomes et vulnérables à la fois » Etat des lieux des publics fragiles, études gilets jaunes credoc

[6] Pierre Bourdieu, La Misère du monde

[7] Serge Paugam, Face au mépris social, la revanche des invisibles

[8] Ibid.


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