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Comment transformer une défaite électorale prévisible en victoire politique

Comment transformer une défaite électorale prévisible en victoire politique
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Tout est organisé, lors de cette campagne de l’élection présidentielle, pour aboutir à un duo Macron / Le Pen au second tour. Organisé par qui ? Par les deux protagonistes et les grands médias. L’enjeu est présenté de manière simpliste : Madame Le Pen serait le « pire » puisque « fasciste », tandis que Monsieur Macron serait le « moins pire » malgré tous les griefs que nous sommes en droit de lui adresser. Dès lors, ce qui apparaît raisonnable et frappé au coin du bon sens semble conduire des citoyens à choisir celui dont on nous affirme qu’il est le moins pire, c’est-à-dire Monsieur Macron. En réalité, nul ne peut affirmer avec certitude, entre les deux, celui qui est le pire ou son inverse. Car nous sommes face à un faux choix entre la peste et le choléra. Comment résoudre cette contradiction ?

Le refus de se laisser enfermer dans ce piège semble désormais convaincre de plus en plus de citoyens. L’idée progresse. Selon une étude menée par Fondapol, le Think-Tank libéral (Le Figaro, 5 et 6 juin 2021), les abstentionnistes et votes blancs seraient plus nombreux, lors d’un second tour de l’élection présidentielle entre Monsieur Macron et Madame Le Pen, que les votes pour Monsieur Macron, et moins encore pour Madame Le Pen.

C’est la première fois, dans l’histoire des élections présidentielles au suffrage universel direct (1965) et des sondages qui les accompagnent, qu’un tel résultat est obtenu. En effet, selon le sondage de Fondapol, les abstentionnistes et les votes blancs représenteraient 32 % du corps électoral, contre 29 % à Monsieur Macron et 25 % à Madame Le Pen*.

Certains pourront rétorquer que c’était déjà le cas à la présidentielle de 2017. Non ! En 2017, les abstentions s’élevaient 25,4 %, les blancs à 6,4 % et les nuls à 2,2 %. Soit un total de 34 %. C’était déjà un record historique. Toutefois, Monsieur Macron avait obtenu 43,6 % des inscrits (66 % des exprimés), soit plus de 9 points devant la somme des abstentions, blancs et nuls. En chiffres, cela donnait 20,7 millions de voix pour Monsieur Macron contre seulement 16,1 millions pour les abstentions, les blancs et nuls. En 2021, selon le sondage Fondapol, les résultats s’inversent puisque les abstentions et les votes blancs sont devant Macron de plus de 3 %.

Quel est l’intérêt de ces commentaires ? Il est de montrer qu’une défaite électorale prévisible peut se transformer en victoire politique

Si Monsieur Macron est élu président de la République (ou Madame Le Pen), comment parler de victoire politique pour tous ceux qui sont opposés à ces personnages ? Il y aura victoire politique si la somme des abstentions, des blancs et des nuls est supérieure au nombre de voix obtenues par le président élu au second tour, que ce soit Monsieur Macron ou Madame Le Pen. Certes, il y aura un président de la République qui aura été élu légalement, mais il ne sera pas légitime. La signification de ce tsunami politique sera un puissant rejet du système présidentialiste, mais surtout « l’élection » d’un président de la République virtuel incarné par les citoyens qui se seront abstenus, voté blanc ou nul. Ce sont ces citoyens qui seront légitimes. Ils pourront alors, s’ils prennent conscience de leur force et de leur légitimité, agir en tant que corps politique capable de prendre des initiatives bousculant le nouvel ordre établi, illégitime.

La parole du président de la République sera démonétisée. La « clé de voûte » des institutions sera ébranlée. Ce phénomène doit être amplifié à son maximum par le boycott citoyen de l’élection présidentielle. L’écart doit grandir entre le nombre de voix obtenu par le candidat élu et la somme des abstentions, des votes blancs et nuls.

On nous demande alors souvent, « faut il boycotter dès le premier tour, ou seulement au second tour » ? En vérité, le premier tour de cette élection présidentielle est écrasé par les enjeux du second. Le vote « utile », ou pour le « moins pire », va intervenir cette fois dès le premier tour afin de placer au second un candidat pouvant rassembler, autour de Monsieur Macron et autour de Madame Le Pen. À ce jeu-là, Monsieur Macron est le mieux placé, car Madame Le Pen, traditionnellement, ne rassemble pas.

Toutefois, la détestation de Monsieur Macron est telle, que des citoyens se disent, finalement, pourquoi ne pas essayer le grand saut dans le vide avec le vote Le Pen ? Le boycott citoyen de la présidentielle bloque efficacement cette tentation. Car ceux qui veulent faire « turbuler » le système ont tout intérêt à boycotter cette élection, c’est ce qu’il y a de plus efficace. Même chose en sens inverse pour le vote Macron dans le cadre de feu le « front républicain ». C’est ce qu’ont bien compris de nombreux électeurs qui envisagent de voter Jean-Luc Mélenchon ou Xavier Bertrand au premier tour. Car au deuxième tour, 44 % des premiers et 24 % des seconds annoncent leur intention de s’abstenir ou de voter blanc ou nul. Sans demander l’autorisation de leurs appareils politiques, ils ont déjà décidé de boycotter le second tour !

La campagne de boycott citoyen de l’élection présidentielle (abstention, blanc ou nul) va permettre de passer d’un acte jusqu’ici individuel à une action collective. Elle permettra de surmonter les ressentiments et la colère en s’inscrivant dans une dynamique politique. D’un sentiment insupportable d’enfermement, elle ouvrira une perspective enthousiasmante.

Concernant le premier tour, pour répondre à ceux qui nous interrogent, on peut considérer que, finalement, le vote ou non au premier tour n’a pas vraiment d’importance. Sauf pour les candidats en mal de notoriété ou pour les forces politiques qui veulent simplement se compter. Ce premier tour sera un vote de distraction ou de défoulement. Il existe néanmoins une alternative : la présence d’un candidat constituant à l’élection présidentielle. Nous aurons l’occasion de revenir sur ce sujet très prochainement. Quant au second, si la différence entre le nombre de voix obtenues par le candidat élu, et la somme des abstentions, des votes blancs et nuls est importante, un rapport de force politique très prometteur sera créé au lendemain de ces élections. Les retombées sur les élections législatives qui suivront peuvent être significatives…

On peut déjà prévoir, les dimanche 24 avril ou 1er mai 2022 (seules dates possibles pour le second tour), à 20h, place de la République ou de la Bastille à Paris, et devant les préfectures de chaque département, de grands rassemblements festifs. Car si la somme des abstentions, des blancs et des nuls dépasse le nombre de voix obtenues par le candidat élu président de la République, le vrai président, virtuel, légitime, sera cette masse populaire ayant rejeté ce simulacre électoral. C’est ainsi, notamment, que nous transformerons une défaite électorale en victoire politique. Le nouveau quinquennat, avec Monsieur Macron ou Madame Le Pen à l’Élysée, s’ouvrira sous la pression du peuple…

* Le total fait 86 % et non 100 % car il y a les indécis.



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5 commentaires sur “Comment transformer une défaite électorale prévisible en victoire politique”

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