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Pour un vrai plan de relance

Pour un vrai plan de relance
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Par La Dynamique, le 9 septembre 2020

Le Gouvernement vient d’annoncer un énième « plan de relance », cette fois-ci de 100 milliards d’euros. Il s’agit d’un bric-à-brac de vieilles recettes utilisées ces dernières décennies soi-disant pour « faire la guerre au chômage ». Elles ont démontré leur inefficacité malgré les sommes faramineuses englouties. C’est la très classique « politique de l’offre » fondée sur des subventions et des baisses d’impôts ou de cotisations sociales aux entreprises (surtout les très grandes) dans l’espoir qu’elles investissent et qu’elles soient plus « compétitives » par rapport à leurs concurrentes étrangères. D’ailleurs une grande enseigne française a annoncé le 9 septembre la suppression de 1 975 postes en France et un milliard d’euros d’économies. Cette stratégie ne donnera aucun résultat positif en termes d’emplois, de salaires, d’organisation de la transition énergétique, d’amélioration radicale de l’environnement. C’est facile à comprendre puisque ces mesures sont déjà appliquées depuis le « tournant de la rigueur » de Mitterrand en 1982-1983, sans aucun résultat sur les sujets évoqués.

Image par Gerd Altmann de Pixabay

Si la politique de « l’offre » ne donnera pas de résultats, pourquoi ne pas recourir à la politique « de la demande » qui a longtemps donné de bons résultats ? Tout simplement parce que les traités européens l’interdisent. Bien sûr les choses ne sont pas dites comme cela et il faut faire un petit effort de raisonnement pour le comprendre. Car les traités européens interdisent aux banques centrales de prêter aux États et de dévaluer la monnaie, interdisent de mener des politiques « contracycliques » (on s’endette en période de crise pour relancer l’économie et on rembourse quand l’économie va mieux), interdisent les politiques de réindustrialisation par la substitution aux importation (ce qui nécessite des mesures protectionnistes), interdisent d’empêcher les délocalisations au motif qu’il faut laisser jouer le « principe de la concurrence libre et non faussée », interdisent le contrôle des mouvements de capitaux car ils devraient être parfaitement libres d’aller et venir… 

Bref, le système de l’Union européenne a coupé la tête, les bras et les jambes des pays membres. D’ailleurs, son pseudo plan de relance, faible en volume et d’inspiration néolibérale le confirme. Quant au « Parlement » européen, son inutilité saute une nouvelle fois aux yeux (hormis servir de caution démocratique au système).

Pour construire un « monde d’après » répondant aux attentes de la grande majorité des citoyens, trois conditions sont à réunir.

Première condition, réinventer l’industrie. D’abord, il faut investir massivement dans la recherche et le développement pour que les industries structurellement en déclin se réinventent. Mais se réinventer ne signifie pas trouver de nouvelles astuces, artificielles et de court terme, pour assurer la pérennité du profit pour les actionnaires. Se réinventer signifie mettre les entreprises au service de la société, son environnement et sa population. Il n’est pas certain que les prétendues élites qui squattent les postes de direction générale dans les très grandes entreprises soient capables de penser à autre chose qu’à eux-mêmes.

Ensuite, il faudra mener une politique de substitution aux importations, c’est-à-dire produire en France, progressivement, le maximum de biens manufacturés et de produits agricoles que nous importons, notamment pour réduire l’empreinte carbone. Sans négliger les emplois à faible valeur ajoutée nécessitant des emplois peu qualifiés. C’est le moyen de mettre le pied à l’étrier de millions de personnes peu ou non qualifiées, en France, et de les qualifier une fois qu’elles sont déjà en emploi au lieu de faire des formations qui ne débouchent souvent sur rien. Cette réindustrialisation ne se fera pas à l’identique, elle sera un nouveau mode de production.

Deuxième condition, revaloriser la situation des « invisibles ». Toutes les leçons de la catastrophe sanitaire doivent être tirées. Le Gouvernement est très loin de cet état d’esprit et semble enfermé dans des certitudes dépassées. Les gens de tous les jours, eux, ont parfaitement compris une énorme quantité de choses qu’ils n’imaginaient même pas quelques semaines auparavant. Ils ont découvert que la société ne reposait pas sur les banquiers et les financiers, ni sur les communicants et les publicitaires, encore moins sur les très hauts cadres qui se sont vites mis à l’abris… Non, la société a reposé sur les paysans qui continuaient à produire la subsistance, sur ceux qui la transportaient, la stockaient, la manipulaient dans les entrepôts et les magasins d’alimentation, sur tous les personnels de soins, sur ceux qui assuraient la sécurité comme les pompiers et les policiers… On les a appelé les « invisibles »… Tirer toutes les leçons de la catastrophe sanitaire, c’est reconnaître ceux sur qui repose le fonctionnement réel de la société en améliorant leur sort : salaires, conditions de travail… Il est désormais acquis que la classe dominante et ses représentants dans l’oligarchie politique feront tout pour éviter cette reconnaissance. La question est maintenant de savoir sir les « invisibles » se décideront à devenir la nouvelle force propulsive qui fera turbuler notre société.

Troisième condition pour bâtir le « monde d’après » : mettre fin au chômage et à la précarité. Il ne s’agit pas ici de « baisser » le chômage ou de « réduire » la précarité. Il s’agit de les supprimer. C’est la base de tout. Bien sûr, les « experts » de tous poils nous expliqueront que c’est utopique ou tout simplement impossible. Des syndicalistes fatigués hausseront les épaules. Ils ne peuvent pas penser autrement que selon leurs schémas sclérosés. Passons outre. Le droit opposable à l’emploi est nécessaire et possible tout de suite. Il consiste à faire de l’emploi pour chacun un droit réel. Évidemment, ces emplois se trouvent en majorité dans le secteur non-marchand, là où l’intérêt général domine.

Image by Pete Linforth from Pixabay
Image by Pete Linforth from Pixabay

Certains objecteront qu’il n’y a pas d’argent et qu’il n’y a pas de travail. Plaignons-les.

Financer 7 millions d’emplois, car tel est le nombre de chômeurs et de précaires qui devront bénéficier du droit opposable à l’emploi, coûtera en moyenne 41 202 euros super-brut par an (cotisations sociales salariales et patronales incluses). La somme à trouver est donc de 288 milliards d’euros la première année. Est-ce un objectif inatteignable ? Non. Le Gouvernement, avant la troisième loi de finances rectificative de juillet 2020, avait déjà mobilisé 460 milliards d’euros pour les mêmes politiques auxquels se sont ajoutés 43,5 milliards, plus 100 milliards début septembre, soit un total de 603,5 milliards d’euros, avec une très faible efficacité[1]. Si le Gouvernement l’avait voulu, il aurait déjà financé l’emploi pour tous.

Par parenthèse, cette somme aurait notamment généré 121,85 Mds€ de cotisations pour les régimes sociaux : dont 59 Mds€ pour la retraite, 19 Mds€ pour la santé, etc. Et ceci chaque année… Les « trous » budgétaires auraient été rapidement comblés, grâce aux cotisations sociales des nouveaux salariés et des entreprises.

Pour mener la politique qui vient d’être rapidement décrite, le Gouvernement aurait dû changer radicalement de conceptions économiques, sociales et démocratiques. Ce n’est pas arrivé et n’arrivera pas, car la remise en cause nécessaire des idées reçues est impressionnante :

  • Admettre que l’économie doit servir la société, les citoyens, ceux qui travaillent, l’environnement, à la place des intérêts de la classe dominante.
  • Reconnaître que l’augmentation des salaires est indispensable.
  • Comprendre que des mesures protectionnistes unilatérales et immédiates sont nécessaires pour mener une politique de substitution aux importations, seul moyen de reconstruire l’industrie française et d’y créer à nouveau des emplois, tout comme la reconquête de notre souveraineté agricole et alimentaire.
  • Décider avec enthousiasme de passer aux 32 heures de travail par semaine sans perte de salaire. Les heures perdues par les entreprises seront compensées par des embauches dont la rémunération sera remboursée par le droit opposable à l’emploi.
  • Embaucher des centaines de milliers d’agents dans les hôpitaux publics, les Ehpad, les écoles, collèges, lycées et universités, dans les associations de protection de l’environnement, dans l’agriculture biologique, dans les collectivités locales, dans les circuits courts et l’économie circulaire, dans les services publics…
  • Suspendre immédiatement l’application des articles des traités européens qui empêchent de résoudre les problèmes économiques et sociaux, en France et préparer la sortie unilatérale de la France de l’Union européenne et de l’euro pour redevenir libres chez nous.
  • Autoriser la Banque de France à accorder des avances à l’État (pour l’emploi il faudrait au démarrage environ 80 milliards d’euros).
  • Calculer combien d’emplois dans le secteur marchand seront créés grâce au financement de 7 millions d’emplois dans le secteur non-marchand (un chômeur de moins, c’est un client de plus pour les entreprises).
  • Permettre aux salariés des industries menacées d’éviter toute rupture de continuité professionnelle en bénéficiant sans délai du droit opposable à l’emploi.
  • Résister aux vieilles idées selon lesquelles la planification du développement économique, social et environnemental serait nuisible. Au contraire, plus que jamais une réflexion de long terme est indispensable.

Bref, il y a beaucoup d’argent mais il est mal utilisé ; et il y a beaucoup de besoins auxquels répondre en créant des emplois. Car ce n’est pas le travail qui manque, c’est l’emploi !

Toutefois, il y a peu à attendre du Gouvernement comme de ses opposants. Il faut rebattre les cartes et s’engager dans une Dynamique populaire constituante pour tout reconstruire. Les manifestations des 12 septembre (Gilets jaunes) et 17 septembre (certains syndicats) vont dans la bonne direction…


[1] Notre chiffre n’est probablement pas tout à fait exact car le gouvernement manipule ces chiffres, il compte plusieurs fois certaines dépenses. Néanmoins les ordres de grandeur ne sont pas significativement modifiés.


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6 commentaires sur “Pour un vrai plan de relance”

  1. Bonjour,
    Merci de votre message. Nous ne sommes pas un parti politique et notre vocation n’est pas de proposer des programmes. Nous proposons quelque chose de beaucoup plus vaste : le changement de Constitution, c’est-à-dire un changement de République. Dans ce cadre, des principes constitutionnels doivent être établis donnant un cadre général à la politique de la France. Nous n’avons pas encore abordé le sujet spécifique de la paix, mais ce que nous disons déjà donne des indications claires sur nos intentions. Le retour à la souveraineté nationale n’aura de sens qu’à la condition que la France sorte de son assujettissement à des traités internationaux belliqueux, comme l’Otan et l’Union européenne. C’est la première condition de la paix : avoir la possibilité de décider par nous-mêmes.
    Cordialement.
    L’équipe de La Dynamique

  2. Sortir aussi de l’ OTAN.Programme très intéressant. On y retrouve UTC…ATTAC des jours heureux !

  3. Plutot qu’un « augmentation des salaires », ne vaudrait-il mieux pas fournir à tous les français les produits de première nécessités: logement, eau et alimentation de première nécessité ?

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