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Les trois corps du roi Macron 1er

Les trois corps du roi Macron 1er
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Des centaines de milliers de citoyens, certainement même des millions, détestent le président Macron. Cette détestation est parfaitement justifiée. Car le président Macron représente l’archétype caricatural du petit marquis prétentieux, pédant, arrogant, suffisant, visqueux, incompétent, dédaigneux, hautain, insolent, méprisant pour le petit peuple. En ce jour anniversaire de la troisième année de l’émergence du magnifique mouvement des Gilets jaunes, il fallait que la chose soit rappelée.

Cette sainte détestation, toutefois, pour dépasser son seul aspect purement affectif et émotionnel, doit se politiser et porter sur les trois corps du président Macron, et non seulement sur un seul d’entre eux, celui qui est le plus visible. C’est la condition pour éradiquer le macronisme qui n’existe pas seulement dans le corps physique de l’individu dénommé Emmanuel Macron, mais qui se prolonge dans la fonction qu’il incarne, celle de représentant du système présidentialiste, et de la politique dont il s’inspire, le néolibéralisme.

On reconnaîtra ici la fameuse théorie des « deux corps du roi », qu’il est parfaitement possible, et nécessaire, de convoquer pour qualifier le macronisme et comprendre les conditions de son élimination. Nous devons cette notion à l’immense professeur de Princeton (USA), Ernst Kantorowicz, qui l’a développée dans un ouvrage publié en 1957 (Ernst Kantorowicz, Les Deux Corps du roi. Essai sur la théologie politique au Moyen Âge (The King’s two Bodies), Trad. de l’anglais (Allemagne) par Jean-Philippe et Nicole Genet, Collection Bibliothèque des Histoires, Gallimard, 1989).

C’est en étudiant la dynastie des Tudor et la monarchie française, que Kantorowicz montre comment la personne et la charge royales ont été progressivement construites. Le roi, tout d’abord, comme chaque individu, possède un corps physique, matériel et donc mortel. En même temps, il possède un deuxième corps, immatériel, indépendant de lui bien qu’incarné en lui, immortel, qui est le royaume que le roi transmet à son successeur. Le roi est une personne physique concrète, et en même temps une personne politique abstraite.

Cette double nature du « corps du roi » explique l’adage « Le roi est mort, vive le roi ! ».

Quel rapport avec Macron ?

Macron, qui veut en faire toujours plus, possède non pas deux mais trois corps ! Il y a son corps matériel comme tous les autres humains, son corps d’incarnation du système présidentialiste, son corps de propulseur des politiques néolibérales. Ceux qui détestent Macron ne peuvent pas se limiter à détester le corps de chair et d’os de l’individu. Pour être cohérents et aller au bout de leur détestation, pour être efficaces, ils doivent aussi détester le Macron incarnation du système présidentialiste, et le Macron propulseur des politiques néolibérales dont le seul objet est d’être mises au service des classes dominantes.

La figure de Macron est détestable. C’est un arracheur de dents, un simulateur, un hypocrite, un menteur, un baratineur, un charlatan, une marionnette, un esbroufeur, un fanfaron, un imposteur, un mystificateur, un tricheur. Le « dégager » lors de la prochaine élection présidentielle serait une bénédiction.

Mais « dégager » le corps de Macron ne saurait suffire. Car Macron, dans son deuxième corps, incarne le système présidentialiste. C’est ce système qui a produit un monstre comme Macron. Si ce système n’est pas lui aussi « dégagé », dans le même mouvement, le fantôme de Macron ira s’encastrer dans son successeur. Il faut donc éradiquer le système présidentialiste, terreau de tous les petits Macron qui attendent leur tour.

N’oublions pas le troisième corps de Macron : la politique néolibérale dont il s’inspire. Macron disparu, ceux que l’on nous annonce comme étant ses successeurs continueront de faire du Macron, car ils sont tous imbibés par le néolibéralisme. Alors comment faire pour dégager en même temps les trois corps de Macron ?

Le boycott de l’élection présidentielle, moyen efficace d’éradiquer les trois corps de Macron

Par boycott de l’élection présidentielle, nous entendons l’acte politique citoyen de l’abstention, du vote blanc ou du vote nul. Ce geste est le seul qui s’attaque aux trois corps de Macron. Son corps physique sera éliminé ou considérablement affaibli si la somme des abstentions, des blancs et des nuls dépasse le nombre de voix qu’il obtiendra au second tour (si c’est lui qui est présent). Son corps d’incarnation du système présidentialiste sera abîmé, car le sens politique du boycott sera de mettre un coup d’arrêt, précisément, au régime présidentialiste avec ou sans Macron. Si Macron n’est pas élu, son concurrent sera lui aussi affaibli parce que le présidentialisme, clé de voûte des institutions actuelles, sera affaibli. Enfin, son corps de représentant des politiques néolibérales au service des classes dominantes aura lui aussi subi un grave revers. Ses concurrents, eux aussi, seront atteints par la sanction populaire.

Élargissons la détestation de Macron au système présidentialiste et au néolibéralisme qu’il incarne ! Car sinon nous aurons Macron sans Macron. Est-ce vraiment cela que nous voulons ? Le boycott de l’élection présidentielle porte en germe la crise de régime salutaire qui ouvre la perspective vers un régime « primo-ministériel » (dans le lequel le Premier ministre gouverne avec la majorité parlementaire, ce qui est nettement moins problématique que le système présidentialiste infantilisant). Le boycott de la présidentielle peut créer une dynamique politique positive en faveur de candidats constituants aux élections législatives, porteurs d’une alternative globale au système actuel.


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2 commentaires sur “Les trois corps du roi Macron 1er”

  1. Ernst Kantorowicz avait fait paraître en 1957 ses Deux Corps du roi. Essai sur la théologie politique au Moyen Âge. Il montrait dans ce livre que les penseurs médiévaux avaient affecté le corps royal d’un dédoublement : le corps terrestre et mortel était supposé incarner le corps politique et immortel de la communauté incarnée et unifiée par le royaume. Il faut noter au passage que la notion de corps symbolique du souverain, qui met théâtralement en scène le corps réel de manière à le dilater jusqu’aux limites du territoire sur quoi son pouvoir s’applique, vaut comme l’esquisse de l’idée de représentation politique.

    Jean-Yves Guiomar se réfère à l’ouvrage de Guilaume Budé, L’Institution du Prince, rédigé à l’intention de François Ier vers 1522, qui développe la conception des deux corps du roi. Guiomar montre toute l’importance de cette conception dans l’accès de la bourgeoisie au pouvoir : « le corps imaginaire du roi est situé entre le roi et ses sujets, de sorte qu’à partir de ce moment-là, il y a dans la société deux centres : celui constitué par le roi réel et celui constitué par son corps imaginaire. Cette structure est certes ignorée des protagonistes, mais l’histoire de la prise du pouvoir par la bourgeoisie entre le XVIe et de XIXe siècle est l’investissement par cette bourgeoisie du corps imaginaire qui vide peu à peu l’autre de toute réalité, de toute “centralité”, le marginalise et finit par l’éliminer. Le corps imaginaire du roi est la figure sous laquelle apparaît la nation »(Jean-Yves Guiomar, L’Idéologie nationale, p.64-65.).

    Il est notable qu’Emmanuel Macron attribue nostalgiquement à sa propre fonction présidentielle la mission d’occuper la place laissée vide par la guillotine en 1793. Dans une interview donnée en juillet 2015 à l’hebdomadaire Le Un, il manifestait ses aspirations monarchiques en ces termes : « Dans la politique française, cet absent [dans la démocratie française] est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le roi n’est plus là ! On a essayé ensuite de réinvestir ce vide, d’y placer d’autres figures : ce sont les moments napoléonien et gaulliste, notamment. Le reste du temps, la démocratie française ne remplit pas l’espace. On le voit bien avec l’interrogation permanente sur la figure présidentielle, qui vaut depuis le départ du général de Gaulle. Après lui, la normalisation de la figure présidentielle a réinstallé un siège vide au cœur de la vie politique. Pourtant, ce qu’on attend du président de la République, c’est qu’il occupe cette fonction. Tout s’est construit sur ce malentendu » (https://www.franceculture.fr/emissions/le-billet-politique/la-tentation-monarchique-demmanuel-macron). La réalisation de ces aspirations impliquant la disparition de toute communauté et de toute forme d’ « unité » autre que celle que Macron lui-même se propose d’incarner dans le système mondialisé, celle d’une constellation d’indivualismes en orbite autour de sa personne, on comprend combien il est logique qu’il travaille au démembrement de tous les liens sociaux.

  2. Bonjour Monsieur, je vous ai découvert sur le Gouv et vous suis depuis. Si je vous rejoins sur l’idée de parlementaires issus du peuple cherchant à devenir constituants, pour la Présidentielle j’ai plus de mal. En effet je pense que ce régime tiendra coûte que coûte car il y aura toujours ne serait ce qu’un infime % pour voter, il faudrait alors une crise majeure pour changer la constitution, les Français n’ont pas de courage pour renverser la table. Je pense donc qu’il faudrait plutôt d’abord privilégier une candidature allant vers plus de pouvoir au peuple dans un premier temps mais même les maires pour les parrainages n’ont pas de courage bref on est pas sauvés…

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