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POURQUOI JE NE SIGNERAI PAS LA PÉTITION « POUR UN RÉFÉRENDUM SUR LA PROTECTION DE L’INDUSTRIE FRANÇAISE »

POURQUOI JE NE SIGNERAI PAS LA PÉTITION « POUR UN RÉFÉRENDUM SUR LA PROTECTION DE L'INDUSTRIE FRANÇAISE »
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Le 26 avril 2026, par Jacques Nikonoff*

Dans une tribune publiée par Le Figaro le 15 avril 2026, plusieurs personnalités d’horizons divers appellent à signer une pétition « Pour un référendum sur la protection de l’industrie française ». Innombrables sont ceux, en effet, depuis des années, en premier lieu les millions d’ouvriers et salariés licenciés, qui protestent et luttent contre la destruction de l’industrie française.

Celle-ci est passée de plus de 20 % du PIB dans les années 70 à moins de 10 % aujourd’hui. En 30 ans, 50 % des usines françaises ont fermé dont 67 000 pour la seule année 2024. Au cours des deux dernières décennies, le nombre d’emplois manufacturiers est passé de 3,7 millions en 2000 à 3,2 millions en 2008 et ensuite entre 2,8 et 2,9 millions sur toute la décennie 2010. On dénombrait plus de 5 millions d’emplois industriels en 1980.

Parallèlement, la balance commerciale de la France est structurellement déficitaire dans des proportions alarmantes. Alors que son solde est resté positif depuis quasiment la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu’en 1986, elle devient structurellement négative à partir de 1999 jusqu’à aujourd’hui. Est-ce un hasard si l’année 1999 est la première année des effets du passage à l’euro ? En 2024, ce déficit industriel était de -79,5 milliards d’euros (Insee). La France ne représente plus que 2,5 % des exportations mondiales de biens en 2024, contre plus de 5 % en 2000, selon l’OMC. C’est-à-dire après l’introduction de l’euro.

On peut mesurer l’importance de l’industrie pour la vie de millions de personnes et des territoires en observant combien la désindustrialisation a des conséquences terribles sur le plan local en matière économique et sociale. Plusieurs secteurs industriels affaiblis ou même disparus ont provoqué des chocs d’une gravité inouïe dans la vie de régions entières et de leurs populations. Que faire ?

Les signataires de cette pétition proposent que la commande publique, qui représente 8 % du PIB, bénéficie en priorité aux TPI, PMI et ETI plutôt qu’aux grands groupes exportateurs. Pour y parvenir ils souhaitent recourir au référendum par l’article 11 de la Constitution pour insérer dans cette dernière un article 88-6, ou une modification de l’article 88-1 affirmant que « La République doit prendre les mesures nécessaires à la protection de son indépendance industrielle, énergétique, alimentaire, sanitaire ou technologique ».

Je ne signerai pas cette pétition !

La modestie des mesures proposées choque face au désastre auquel il faut faire face. Plus précisément, deux raisons m’incitent à ne pas signer :

1.- Alors que l’euro est une des causes majeures de la désindustrialisation en France, celui-ci n’est même pas mentionné dans le texte des pétitionnaires.

Pourtant, tous les ans, le FMI produit un document qui s’appelle External Secteur Report entre fin juillet et août. Il y calcule le taux effectif de change réel, c’est-à-dire le taux qui devrait être le taux de change réel entre les monnaies pour que les économies soient au même niveau afin qu’aucune d’entre elles n’ait un excédent structurel ou un déficit structurel en termes de commerce. Par exemple, la différence entre le taux de change réel entre la France et l’Allemagne montre que la France est surévaluée de 15 à 20 %. Autrement dit nos produits sont 15 à 20 % plus chers que les produits allemands.

Si on sort de l’euro et que l’on déprécie notre monnaie (le franc ?) de 20 à 25 %, on retrouvera immédiatement une compétitivité. C’est une des questions centrales pour la survie de l’économie française, qui fait l’objet d’un tabou pesant auquel n’ont pas échappé les signataires.

2.- Ajouter l’article proposé à la Constitution française ne changerait strictement rien.

Il existe déjà dans le préambule de la Constitution de 1946, qui fait partie du bloc de constitutionnalité, le « droit à l’emploi ». Mais ce n’est que de l’encre sur du papier car tout le monde peut le constater, des millions de citoyens sont privés de ce droit sans qu’il ne se passe rien pour résoudre ce problème. Ajouter une clause sur l’industrie aurait exactement le même effet, c’est-à-dire nul.

Pour que des clauses constitutionnelles de cette nature aient un effet concret, il faudrait les associer au principe d’opposabilité. Autrement dit, le droit pour la France de disposer souverainement de son industrie doit être « opposable ». La Constitution, et non une loi organique, doit contenir les éléments essentiels de contraintes exercées sur l’État pour qu’il respecte les droits énoncés dans la Constitution.

Au total, non seulement la modestie des propositions ne correspond pas aux enjeux, mais l’insuffisance de l’analyse des causes de la désindustrialisation ne font qu’ajouter à la confusion ambiante. Il paraît beaucoup plus efficace de signer la pétition pour un référendum de clarification sur l’appartenance de la France au système de l’Union européenne.

https://agir-ensemble-sortie-ue.fr/referendum/signez-lappel-pour-un-referendum/

https://agir-ensemble-sortie-ue.fr/

Jacques Nikonoff, ancien élève de l’École nationale d’administration (ENA) et professeur associé à l’Institut d’études européennes (IEE) de l’Université Paris 8.


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